Quel est le Problème avec la Fessée

problem spankingUn article de Patty Wipfler, traduit de l’anglais par Chloé Saint Guilhem et Soizic Le Gouais

Dans de nombreuses cultures occidentales, la permission de fesser les enfants remonte à très loin dans l’histoire. Beaucoup de nos parents nous ont donné des fessées. Et la plupart d’entre nous se rappellent que nos parents ont fait de leur mieux pour nous aimer. C’est pourquoi, donner la fessée ou non est un sujet complexe – si nous nous en sommes bien sortis, alors que nous avons reçu des fessées, alors n’est-ce pas un moyen acceptable, voire nécessaire pour s’assurer que les enfants fassent ce qui est bien ?

Il me semble que trois questions essentielles sont au cœur du débat sur la fessée. La première est la plus vaste : quel est l’effet à long terme de la fessée sur les enfants ? La seconde question est : est-ce que la punition physique est vraiment efficace pour contrôler le comportement d’un enfant à l’instant-T ? Et il y a une troisième question très importante, que l’on se pose rarement mais qui n’en est pas moins pertinente et c’est un bon début de réflexion : qu’est ce que cela nous fait à nous, parents, de donner une fessée ?

Quel est l’impact de la fessée sur ceux qui la donnent ?

La plupart des parents se sentent en colère lorsqu’ils donnent une fessée. Une personne en colère est déterminée à garder le contrôle sur une situation, et faire quelque chose de physique donne l’impression que cela va apporter du soulagement. Donc un parent qui donne une fessée à un enfant aura temporairement le sentiment qu’il a eu raison, que la situation est sous contrôle, et que c’est justifié. Cela peut donner au parent la sensation qu’il ne s’est pas laissé être victime.

Cependant, il y a très peu de parents qui ont regardé leur nouveau-né en pensant : « j’ai hâte de pouvoir donner une fessée à ma jolie petite fille ! », ou bien « Quand il sera plus âgé, ce sera si bon d’avoir la chance de fesser son petit derrière ».

Nous savons que ces déclarations sont absurdes ! Lorsqu’un parent sent qu’il n’a pas d’autre alternative que la fessée, il agit par désespoir : il ne sait pas quoi faire d’autre. Cela ne faisait pas partie de son projet initial pour être en relation avec son enfant chéri.

DISCIPLINE

« Je ne pense pas que les parents aiment donner des fessées. C’est un moyen de régler un problème qu’ils n’ont pas choisi. »

Patty Wipfler

HandinHandParenting.org

Les parents doivent se blinder émotionnellement pour aller jusqu’à donner une fessée. Nous devons durcir nos cœurs. Ou plus souvent, peut être que nous nous sommes donné du mal pour tenter de résoudre une situation et que nous sommes finalement arrivés au « pays où l’on se sent mal émotionnellement » ; où l’amour ne peut être ressenti. Et là, nous avons le sentiment que notre enfant nous à poussés à lui donner une fessée – C’est de leur faute, pas de la nôtre, si notre main les a frappés.

Je ne crois pas que les parents aiment donner des fessées. Et plus les parents donnent de fessées souvent, moins ils trouvent cela gratifiant d’être parent. C’est une attitude qu’ils n’ont pas choisie, mais ceux qui le font sont souvent trop stressés – à la fois par le fait de « devoir » donner des fessées et par les autres pressions dans leur vie – pour renouer avec leur propre boussole interne qui leur dit : « change de direction ! »

Est-ce que la fessée contrôle le comportement de l’enfant à court-terme ?

Lorsqu’un enfant reçoit une fessée, son système limbique (le centre émotionnel du cerveau, et la partie de l’esprit qui assure la médiation avec l’apprentissage et la compréhension) se met en mode alarme. Le cerveau de l’enfant perçoit clairement la fessée comme un danger, et y répond en conséquence.

Pour l’enfant, il fait l’expérience d’être petit et incapable de contrôler une force accablante et imprévisible. Dans cet état, son esprit ne peut rien apprendre. Son cortex préfrontal, le centre du raisonnement et du jugement, se ferme. Par conséquent, le comportement d’un enfant pendant et après la fessée n’est pas un comportement réfléchi, mais en réaction.

Le « contrôle » que le parent s’efforce d’avoir, a tout à voir avec la peur, et rien à voir avec le fait d’enseigner, d’apprendre, ou avec la compréhension d’un enfant vis-à-vis des concepts de bien et de mal. Ce que l’enfant « apprend » c’est que, tout d’un coup, pour des raisons qu’il ne peut pas comprendre, il a été tapé ou blessé par une personne qui l’aime. C’est une leçon qui est source de confusion en effet.

Les fessées sont perçues par un enfant comme des actes de violence aléatoires. Avec le temps, elles créent un espace de peur et de rancœur entre parent et enfant. Plus de temps l’enfant passe avec son esprit fermé par la réponse de peur résultant de l’attaque physique, plus ses comportements deviennent réactifs. Il en résulte un cercle vicieux : un enfant apeuré devient agressif ou en retrait, le parent donne des fessées en retour, la peur de l’enfant s’agrandit et il perd le contrôle de son propre comportement plus souvent.

Donc, même si après une fessée, un enfant peut paraître plus calme et plus prudent pour quelques heures, cette paix apparente a un prix élevé. Le sens de la sécurité d’un enfant, et avec cela, sa capacité à raisonner, à coopérer, à apprendre et à faire confiance, sont érodés avec chaque fessée – de même que l’ouverture d’un enfant à l’amour de la part de ses parents.

Quels sont les effets à long terme de la fessée ?

De nombreuses recherches ont été réalisées aux Etats Unis et dans d’autres pays. Les preuves sont claires que les effets sur les enfants sont négatifs. L’Académie Américaine de Pédiatrie et une longue liste d’autres sociétés professionnelles s’élèvent clairement contre la punition corporelle des enfants, que ce soit à la maison ou à l’école.

Une étude menée largement montre que plus les parents punissent les enfants par une fessée pour un comportement antisocial, plus le comportement antisocial augmente (Strauss, Sugarman, & Giles-Sims, 1997). Plus on frappe les enfants plus il y a de chances qu’ils frappent les autres, y compris leurs pairs, frères et sœurs, et une fois adultes, plus il y a de chances qu’ils frappent leurs épou.x.ses (Strauss & Gelles, 1990 ; Wolfe 1987).

Les études montrent que même le fait d’avoir été frappé à quelques occasions en tant qu’enfant est associé à plus de symptômes de dépression dans la vie adulte (Strauss, 1994 ; Strassberg, Dodge, Petit & Bates, 1994). Une analyse de référence de quatre vingt-huit études de recherche menées sur six décennies a montré que la punition corporelle des enfants était associée à des conséquences négatives, incluant davantage de délinquance et de comportements antisociaux, un risque accru de maltraitance envers les enfants et de violence conjugale, d’agressivité chez l’enfant et d’agressivité chez l’adulte, une santé mentale diminuée chez l’enfant et une santé mentale diminuée chez l’adulte (Gershoff, 2002). Cela a aussi montré que la punition corporelle a un effet préjudiciable sur le développement cognitif d’un enfant.

Que doit faire un parent à la place ?

Nous parents avons besoin de plus de soutien que nous n’en recevons. Il n’est pas normal que nous ayons à faire face de façon répétée à des problèmes liés à la parentalité qui épuisent notre patience,  sans savoir où trouver de l’aide. Ce n’est pas juste qu’il n’y ait pas de moyen fiable de restaurer notre équilibre émotionnel quand nous devenons très frustrés. Il me semble que le problème de la fessée pointe du doigt notre besoin d’une plus grande aide, de plus de gentillesse dans nos vies, et de moins d’inquiétude vis-à-vis de notre avenir et de l’avenir de nos enfants. Nous voulons le meilleur pour eux, et nous avons besoin de plus d’aide pour nous-mêmes aussi.

Nous parents avons besoin d’écouter les histoires des uns et des autres, d’entendre nos voix. Nous avons besoin d’entendre combien de problèmes un parent épuisé ou frustré a rencontrés. Nous avons besoin de nous offrir de l’appréciation les uns aux autres, vis-à-vis des choses que nous faisons bien. Nous avons besoin de quelqu’un avec qui nous avons développé un lien confiance pour partager notre colère, nos inquiétudes et nos moments de désespoir.

La chance d’être écouté peut faire une différence remarquable dans la vie de parent. Et ensuite nous avons besoin de nous rapprocher de nos enfants, au lieu de les attaquer face aux problèmes.

C’est une chose inhabituelle à faire, mais se rapprocher, poser une limite, et ensuite rester avec un enfant tandis que les sentiments passionnés se déversent est beaucoup plus aimable que la punition. Cela aide aussi un enfant à apprendre de la limite qui a été posée.

Son esprit nettoie la tension émotionnelle corrosive tandis que vous veillez à la sécurité autour de lui. Et finalement, il sait que vous l’aimez. Vous l’avez écouté.  Cette envie de franchir encore la limite a disparu. Vous vous êtes connecté avec lui. Son esprit a évolué d’un état de « Je me fiche de ce qu’ils disent » vers un sentiment de faire partie de la famille à nouveau.

Rester-écouter – écouter jusqu’à ce que les sentiments de l’enfant soient déversés – l’aide en fait à apprendre de ses erreurs et d’un jugement erroné. A la fin d’une bonne crise de larmes ou d’une crise de colère soutenue par son parent, un enfant peut donner du sens à ce qui s’est passé. Il comprend la limite qui lui a été posée, et cette limite ne lui laisse pas de ressentiment ou de colère persistants.

A court terme, cela aide un enfant à rétablir le lien avec le parent qui l’a écouté, de façon à ce que son esprit fonctionne à nouveau, ici et maintenant. Et cela donne au parent un moyen d’action puissant quand un enfant se met à déborder. Le parent utilise le pouvoir de son attention, et le pouvoir de son bon jugement, pour récupérer son enfant d’un comportement qui ne fonctionnait pour aucun d’eux.

Rester-écouter en action : voici comment cela peut fonctionner.

Cela a été très dur. Notre fils de 4 ans a été particulièrement exigeant ces derniers temps. Il réclamait ce qui ressemblait à une attention constante, et souvent de façon peu flatteuse. Des demandes d’aide s’exprimaient sous forme d’exigences. Il se montrait aussi extrêmement rigide. Ses chaussures n’étaient pas lacées comme il fallait. Sa capuche n’était pas placée comme il faut. Tout cela provoquait des crises de rage à se rouler par terre et des hurlements avec ses bras et ses jambes qui se débattaient dans tous les sens. Et cela s’est produit plusieurs jours, sans cesse, crise après crise malgré l’attention pleine que nous lui portions des heures durant.

S’ajoute à cela le fait que récemment, il a commencé à frapper sa sœur, mon mari et moi-même. Il ne frappe qu’à la maison et n’a jamais frappé ses amis ou d’autres personnes de la famille.

Ce matin, nous avons vu le problème arriver de nouveau. Comme mon mari et moi sentons que l’intensité de la rage de notre fils peut éveiller des sentiments forts chez nous, surtout quand elle est dirigée contre nous, nous avons décidé, jusqu’à ce que les choses changent, que nous agirions ensemble lorsque nous le pourrions pour aider notre fils à traverser ses sentiments douloureux. Ce matin c’était notre deuxième tentative pour l’aider ensemble ; la nuit précédente nous étions également restés ensemble.

Ce matin mon mari a posé la limite et a porté notre fils au premier étage. Je l’ai rejoint et ensemble nous sommes restés avec lui pendant qu’il s’agitait dans tous les sens sur le lit, tout en nous criant dessus. Il ne voulait pas taper sur un oreiller ou sur un autre objet ; il voulait frapper l’un de nous, notre visage étant sa cible privilégiée. Nous nous sommes mis hors d’atteinte et lui avons rappelé qu’il était en sécurité. Au fur et à mesure que ses émotions s’intensifiaient il s’est plaint de ne plus pouvoir respirer alors qu’il était clair qu’il n’avait aucun problème de respiration. Je pense qu’il était en train de vivre une sorte de flashback émotionnel. Nous lui avons affirmé qu’il pouvait respirer normalement et que nous allions nous assurer qu’il continue de respirer sans problème. Il a poussé fort contre nous, de toutes ses forces. Et cela semble avoir duré une éternité.

Puis il s’est arrêté, simplement arrêté et il a redressé sa tête. Il s’est blotti contre moi, et sans préméditation, j’ai formé un cercle avec mes bras, ce que mon fils a pris comme une invitation à se tortiller en se frayant un chemin à travers l’ouverture dans mes bras. Arrivé de l’autre côté en sécurité, il revint triomphant pour se glisser à nouveau à travers le cercle de mes bras. Il a demandé à faire cela encore et encore. « Resserre tes bras cette fois-ci » a-t-il demandé. Et à chaque fois qu’il réussissait à rentrer et sortir, il souriait. Entre mes bras et ceux de son père, il a fait des allers-retours. Puis sa sœur, en l’entendant rire, s’est jointe à nous, et nous nous sommes tous mis à rire sur le lit.

Nous en avions besoin. Nous avions traversé cette épreuve. Je me demande si pendant tout ce temps, il a travaillé sur des émotions  provenant de sa naissance. Nous ne le saurons jamais, mais il est certain qu’il était heureux de traverser un passage étroit plusieurs fois de suite, à la fin. Et il a été facile à vivre tout le reste de la journée.

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