Lorsque ta famille et tes amis ne comprennent pas ton style de parentage

Lorsque nous choisissons d’être des parents différents de la norme, nous ajoutons une couche supplémentaire de défi à nos assiettes déjà bien remplies. Sans le soutien et l’appui de la famille, des amis ou des professionnels, la tâche difficile de s’occuper de nos enfants devient beaucoup plus ardue. Les parents qui choisissent d’élever leurs enfants avec une approche centrée sur la connexion plutôt qu’une approche classique basée sur les récompenses et les punitions, se sentent souvent isolés.

Nous pouvons être déconcertés par les tensions que suscite notre choix d’élever nos enfants différemment. Nous pouvons nous sentir jugés parce que nous restons proches de notre enfant et que nous l’écoutons lorsqu’il exprime ses sentiments. Ou peut-être devons-nous faire face à des commentaires acerbes et à des critiques sévères sur notre style d’éducation. Mais souvent, le fait d’être jugé n’est pas aussi difficile à supporter que la rupture des liens avec nos proches et les malentendus qui en résultent.

La douleur du rejet lorsque notre entourage ne comprend pas notre façon d’élever nos enfants est déchirante. Être mère sans l’approbation de sa propre mère, c’est se sentir seule. Être père sans la bénédiction de son propre père est difficile.

Mais ce n’est pas une fatalité. Petit à petit, nous pouvons changer les choses grâce à ces 4 recommandations :

  1. Renforcer notre confiance dans notre style de parentage
  2. Observer nos propres réactions aux opinions d’autrui
  3. Gérer avec tact la désapprobation des autres
  4. Contribuer à combler le fossé avec ceux qui nous entourent

Un bon point de départ consiste à reconnaître l’impact de nos choix parentaux sur les autres et sur nous-mêmes. En tant qu’êtres humains, nous sommes profondément sociaux et notre instinct de maintenir des liens étroits avec les autres est fort et vital. L’appartenance et le partage de valeurs sont des besoins primaires.

Le simple fait de “faire différemment” peut être perçu comme une désapprobation par les autres. “Faire différemment” peut accidentellement toucher de vieilles blessures et de vieilles peurs, et ressembler à une critique.

Et lorsque nous touchons des points sensibles chez nos amis et notre famille, il est probable qu’ils nous le montrent. Ils ne se doutent peut-être pas que nous sommes tombés sur un point douloureux. Ils ont l’impression que c’est nous qui sommes compliqués, que c’est nous qui rendons les choses difficiles, que c’est nous qui avons tort. Et c’est ce qu’ils nous montrent avec leurs commentaires ou leurs regards “en biais”.

De même, nous avons tendance à ne pas remarquer que nos opinions divergentes ont touché une partie vulnérable de nous-mêmes. Nous avons tendance à penser que notre mère ne nous soutient vraiment pas, que notre ami est si critique ou que le médecin de famille est tout simplement agaçant.

Accepter que les différences créent des défis nous aide. Cela nous invite à les gérer avec plus d’habileté. Si nous voulons nous sentir plus en sécurité dans nos relations et tenir bon face aux différences, nous devons guérir nos propres blessures et trouver des moyens de montrer à nos amis et à notre famille à quel point nous sommes encore attachés à eux. Ces quatre étapes nous permettront d’y parvenir petit à petit.

Renforcer notre confiance en notre style de parentage

Lorsque nos proches désapprouvent implicitement ou explicitement notre façon d’élever nos enfants, nos inquiétudes s’envolent rapidement. Quelque part au fond de nous, nous avons tous cette crainte : “Je ne suis pas un assez bon parent”. Nous aimons tellement nos enfants et ferions tout pour que la vie se passe bien pour eux. Nos imperfections sont donc criantes. Nous ne pouvons pas être des parents parfaits. Nous ne pouvons pas faciliter la vie de nos enfants autant que nous le voudrions. L’imperfection est inévitable et elle fait mal. Nous devons libérer et contrer ces sentiments et renforcer notre confiance en nous.

Le fait de savoir clairement pourquoi nous exerçons notre rôle de parent comme nous le faisons peut nous aider à renforcer notre détermination et notre conviction quant à la voie que nous suivons. Hand in Hand propose un panier plein de ressources pour nous aider : des témoignages de parents qui ont réussi et des articles sur la science du parentage. Et notre liste de lectures recommandées cite de nombreux ouvrages qui soutiennent l’idée de se concentrer sur le fait de renforcer le lien parent-enfant (notamment A General Theory of Love et Parenting from the Inside Out).

Reçois du soutien. Nous n’avons pas besoin d’abandonner notre famille et nos amis, mais nous avons besoin de trouver d’autres personnes qui ont de l’empathie pour nous et qui nous soutiennent dans notre parcours parental. Hand in Hand propose de nombreux moyens d’y parvenir. En ligne, tu peux entrer en contact avec des parents partageant les mêmes idées grâce à notre club de parents, nos groupes de soutien, notre programme de formation initiale ou notre réseau de parents via l’application gratuite de Hand in Hand. En personne, contacte ton formateur local.

Reçois du temps d’écoute. Travailler sur les peurs qui surgissent face à la désapprobation des autres peut t’aider énormément. Trouve quelqu’un pour t’écouter pendant que tu cherches à comprendre ce qui t’inquiète à propos de tes enfants et de ton rôle de parent. Le fait de parler de ces peurs et de les dissiper peut faire des merveilles pour renforcer ta confiance en tant que parent. L’échange d’une écoute chaleureuse avec un autre parent est au cœur de l’approche Hand in Hand. Le soutien émotionnel offert par les Partenariats d’écoute (où deux parents échangent du temps pour s’écouter l’un l’autre en se concentrant sur la libération des émotions) te laissera frais et dispo. Il sera alors plus facile d’affronter franchement et avec compassion les jugements des autres.

L’exploration de ces sujets peut aider à démêler des sentiments enfouis :

  • Dans quelle mesure souhaites-tu que ta mère, ton père ou ton ami.e soit d’accord avec toi et te soutienne ?
  • Que crains-tu, s’il t’arrive de ne pas être d’accord avec eux ?
  • Quels sont les sentiments qui te viennent à l’esprit lorsque tu penses que tu pourrais avoir tort ? Que tu es vraiment un bon parent ? Que tu as toujours fait de ton mieux ? Que tu as peut-être aussi commis une ou deux erreurs en cours de route ?

Observer nos propres réactions aux opinions d’autrui

Observe tes réactions automatiques. Prends du recul sur ce que tu as tendance à faire face à la différence des autres. Te sens-tu sur la défensive, te fermes-tu ou t’emportes-tu ? Quel impact cela a-t-il sur tes relations avec ces personnes ? Certains parents se figent et perdent la parole, d’autres réagissent avec colère, ce qui entraîne des conflits, d’autres encore sont tellement gênés ou sur la défensive qu’ils finissent par adopter le comportement attendu, comme gronder ou distraire leur enfant, et regrettent plus tard de ne pas s’être rapprochés, d’avoir écouté et d’avoir fait preuve d’empathie.

Reçois du temps d’écoute. Un temps d’écoute régulier peut être un moyen puissant de modifier nos réactions spontanées et de trouver de nouvelles façons de réagir face au jugement. Nous pouvons profiter de la sécurité du Partenariat d’écoute pour fulminer et rager en toute intimité sans nuire à nos relations importantes. Nous pouvons retourner auprès de nos familles et de nos amis avec amour et compassion, après avoir évacué notre colère. Nous pouvons utiliser le temps d’écoute pour explorer :

Terminer la phrase : “J’aimerais que ma mère/amie/médecin de famille ….” Terminer la phrase : “Quel souvenir d’enfance ce manque de soutien me rappelle-t-il ?” Adopter l’attitude légère : “C’est ma mère/ mon père/ mon ami !” pour s’entraîner à accepter ce qu’ils sont.

Prends des mesures d’urgence. Définis des stratégies d’urgence que tu pourras utiliser dans le feu de l’action lorsque ceux qui t’entourent te pressent. Prévois peut-être de t’éloigner, de boire un verre d’eau, d’appeler un ami ou de t’enfermer dans les toilettes pour prendre un peu de recul. Le fait d’avoir un plan et de le mettre en pratique peut contribuer à modifier le schéma de ces moments délicats. Cet article, qui présente quelques techniques de survie lorsque nos enfants nous poussent à bout, peut te donner d’autres idées.

Expérimente de nouvelles réponses. Trouve de nouveaux schémas. Comment peux-tu rester ferme dans ton opinion, tout en transmettant de la chaleur aux autres ? Il est important non seulement de rester ferme en nous-mêmes, mais aussi de faire passer le message “Je me préoccupe de toi” à ceux qui nous entourent. Nous pouvons utiliser nos Partenariats d’écoute pour essayer de nouvelles réponses qui pourraient nous convenir et nous permettre d’être à l’écoute de notre enfant. Les deux sections suivantes donnent quelques suggestions.

Gérer avec tact la désapprobation des autres

Il est généralement inutile d’essayer de persuader les personnes qui t’entourent de se convertir à ton approche parentale. Essayer de prouver que tu as raison (et qu’ils ont tort) fonctionne rarement. Essaie plutôt les réponses suivantes à la place :

Face aux critiques, dis : “Je suppose que nous devons accepter de ne pas être d’accord”.

En réponse à des commentaires désapprobateurs, à des remarques sarcastiques ou à des moqueries, dis simplement et légèrement : “Aïe !”.

Lorsque des adultes bien intentionnés interviennent pour “aider” en proposant des réponses classiques à ton défi parental, tu peux dire : “Je pense que tout va bien pour l’instant” ou “Je vous ferai savoir si nous avons besoin d’aide”.

Lorsque ton enfant pleure ou fait une crise, d’autres personnes peuvent se précipiter et essayer de le distraire avec de la nourriture ou des divertissements. Ils peuvent aussi faire des commentaires tels que : “Ne pleure pas”, “C’est pas grave”, “Ne sois pas stupide”, “Ne sois pas triste”, “Sois courageux” ou “Tu ne peux pas toujours avoir ce que tu veux”.

Tu peux répondre par un chaleureux et fort “C’est bon, merci ! Je m’en occupe” ou “Je pense que nous avons juste besoin d’un moment”. Tu peux emmener ton enfant dans un autre espace, à l’abri des regards, afin de l’écouter. Pour les observateurs extérieurs, cela peut aussi ressembler à une punition, ce qui peut également apaiser les tensions.

Trouve un équilibre entre le besoin d’empathie de ton enfant et les besoins d’un adulte en difficulté. Parfois, tu peux adoucir le cœur d’un adulte en faisant preuve d’empathie à son égard, en même temps que tu fais preuve d’empathie à l’égard de ton enfant. Si l’adulte dit : “Ils ne font jamais ce qu’on leur dit”, tu peux dire : “C’est tellement frustrant, n’est-ce pas, quand nos enfants résistent ! Ou encore : “C’est tellement difficile pour eux quand nous sommes fâchés contre eux”. Si l’adulte dit : “Elle est toujours si méchante avec sa sœur”, tu peux dire : “C’est difficile quand nos enfants se disputent. C’est difficile pour tout le monde.”

Contribuer à combler le fossé avec les personnes qui nous entourent

Fais en sorte que le temps passé ensemble soit positif. Que peux-tu faire, ou où pouvez-vous vous rencontrer, pour que cela convienne à tout le monde ? Est-il préférable de se retrouver à la plage, au parc ou à la maison ? Devrais-tu essayer de préparer le repas à l’avance afin de pouvoir accorder à chacun une attention plus détendue ?

Fixe des limites au temps que vous passez ensemble. Parfois, la façon dont toi ou la personne qui t’est proche vous sentez interpellés par les différences qui existent entre vous, peut impliquer que vous deviez trouver de nouvelles façons d’être ensemble. Le message essentiel que tu veux faire passer est : “Je me soucie de toi”. Parfois, vous pourrez avoir des conversations directes à ce sujet ; d’autres fois, tu devras prendre les devants.

Tu pourrais avoir besoin de dire des choses comme :

“Je veux vraiment apprécier d’être avec toi, alors quand nous viendrons te rendre visite, nous louerons un logement à proximité plutôt que de rester avec toi pour que nous puissions profiter de notre temps ensemble”.

“J’ai très envie de te voir et je pense que nous passerons tous un bon moment si nous nous rencontrons pendant deux heures cette fois-ci”.

Il se peut aussi que tu doives faire cela indirectement, par exemple : “Noa ne dort pas bien et je ne veux pas t’empêcher de dormir toute la nuit, alors nous allons rester dans un logement à proximité”.

Essayez de passer du temps ensemble sans les enfants. Passer du temps avec les adultes de ta vie sans les enfants peut vous aider à profiter les uns des autres sans la tension que les enfants apportent. Même 10 minutes peuvent faire la différence. Passe ce temps à apprécier l’autre et à t’intéresser à elle ou à lui. Traite ce moment comme un Temps Particulier pour elle/lui !

Sois enjoué.e. Lorsque nous nous sommes débarrassés d’une bonne partie de notre propre tension émotionnelle, nous pouvons nous rendre compte que nous pouvons jouer avec les différences qui ont causé des frictions dans le passé. Nous pouvons essayer d’inviter les autres à rire de nos propres bizarreries : “Tu me connais, c’est moi qui suis bizarre et qui n’utilise pas un tableau avec des étoiles pour mes enfants !”

Tu pourrais même être en mesure de répondre de manière ludique lorsque l’un de tes proches réagit par réflexe. Peut-être que ton père se moque de toi lorsque tu fais XYZ, alors tu t’amuses à lui ébouriffer les cheveux en disant “Ah, ça c’est mon père !”

Apprécie ceux qui te sont proches. Remarque la façon dont ils s’occupent de toi. Fais-leur savoir que tu vois les efforts qu’ils déploient pour toi et ta famille. Il se peut que cela ne se passe pas comme tu le souhaiterais, mais tu peux supposer qu’ils veulent se rapprocher de toi.

  • Écoute-les. Pose-leur des questions sur leur enfance. C’est un excellent moyen de développer l’empathie et d’aider les gens à voir les choses du point de vue d’un enfant. En les écoutant et en t’intéressant à eux, tu montres que tu te soucies d’eux. Tu pourrais demander : “Comment tes parents se comportaient-ils avec toi lorsque tu faisais une bêtise ?” ou “Qu’arrivait-il aux enfants de ta famille lorsqu’ils pleuraient ? Qu’as-tu ressenti ?”
  • Demande-leur de faire part d’une compétence. Partage doucement des informations. Concentre-toi sur la modélisation de ton approche parentale sans donner d’explications inutiles. Si on te le demande, tu pourrais humblement dire quelque chose comme : “Je sais que cela semble vraiment bizarre, mais quelqu’un m’a montré que si l’on écoute ton enfant jusqu’à ce qu’il arrête de pleurer, il est en fait plus heureux et réfléchit mieux que si l’on essaie de l’arrêter”. Et si la personne semble intéressée, tu pourrais lui proposer de lui prêter ton livre Écoute, les outils indispensables pour se connecter à son enfant.

Ayez cette conversation difficile. Parfois, il est important de s’asseoir courageusement avec un adulte dans notre vie et d’avoir ce cœur à cœur très difficile. Nous pouvons :

  • Trouver un terrain d’entente. Il peut s’agir de beaucoup de choses, par exemple, simplement souligner combien vous aimez tous les deux vos enfants, combien vous voulez tous les deux qu’ils réussissent dans la vie, ou combien vous voulez profiter de leur compagnie.
  • Préparer le terrain en disant par exemple : “Je sais que nous avons des points de vue différents et je pense que nous devrions accepter de ne pas être d’accord, mais j’aimerais t’expliquer où je veux en venir. Tu n’es pas obligé.e d’être d’accord. Tu n’es pas obligé.e de dire quoi que ce soit, mais j’apprécierais que tu m’écoutes”.
  • Explique que tu essaies d’utiliser les dernières recherches sur le développement du cerveau qui montrent l’importance de la connexion, que les récompenses ne fonctionnent pas bien à long terme et que les punitions entraînent d’autres comportements antisociaux. Explique que ton objectif est d’élever un enfant en bonne santé émotionnelle.
  • Rassure-les. De quoi penses-tu qu’ils ont peur ? Ils pensent peut-être que tu es trop permissif/ve. Dis-leur que tu penses qu’il est important de fixer des limites. Ils craignent peut-être que cela te demande trop d’efforts. Dis-leur que le rôle de parent est épuisant, quelle que soit l’approche adoptée, et que tu fais tout ce que tu peux pour obtenir du soutien.
  • Remercie-les de t’avoir écouté.e. Donne-leur la possibilité de s’exprimer à leur tour. Veille à ne pas te laisser emporter par tes réactions instinctives. Écoute simplement.
    Si tu as du mal à élever tes enfants différemment de ceux qui t’entourent, j’espère que ces quatre étapes te permettront d’inverser la tendance.

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